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18 juin 2021

L’atelier ponctuel en bibliothèque : une remise en question

L’atelier ponctuel (one-shot en anglais) reste encore et toujours le type de formation le plus courant dans les bibliothèques d’enseignement supérieur. En effet, ces ateliers sont relativement faciles à monter et à donner : répondant généralement à une requête spécifique de la part d’un enseignant ou d’une enseignante, ils ne demandent qu’une présence et une implication limitée de la part de l’équipe de la bibliothèque.  

Toutefois, ces ateliers sont-ils réellement efficaces en termes d’apprentissage ? C’est sur cette question que se penche la bibliothécaire Nicole Pagowsky dans l’article “The Contested One-Shot : Deconstructing Power Structures to Imagine New Futures”. Le résultat : des critiques aussi vives qu’intéressantes, et des pistes de réflexion pour l’avenir. 

Qu’apprenons-nous? 

La ponctualité des ateliers n’est pas en soi un problème, ce qui est une bonne nouvelle pour les bibliothèques qui peineraient à multiplier les formations avec leurs ressources existantes. Le défaut fatal de ces ateliers est plutôt la faiblesse de leur connexion avec le contexte d’apprentissage dans lequel ils s’insèrent (le cours, le programme), ce qui force une approche superficielle des notions enseignées.  

En effet, tout semble indiquer que les étudiants qui parviennent à développer de bonnes pratiques de recherche le font lorsque ces notions sont intégrées à la matière de leurs cours. Les formations ponctuelles offertes par les bibliothèques, en ce sens, pourraient même nuire à l’apprentissage de la recherche. Lorsque le corps enseignant voit la recherche comme quelque chose de séparé de la matière des cours, les étudiants et étudiantes se retrouvent à devoir l’apprendre de manière indépendante. 

Ce que la Rubrique aime 

En plus de cette réflexion sur l’efficacité réelle des ateliers ponctuels, Nicole Pagowsky explore leur impact sur les bibliothécaires qui les donnent. En effet, selon elle, l’omniprésence de ce format d’atelier découle directement des pressions subies par ces derniers et ces dernières, qui doivent sans cesse trouver des manières de prouver leur utilité de manière quantitative. 

Par ailleurs, la dynamique instaurée par le modèle de l’atelier ponctuel a tendance à placer les bibliothécaires dans une position subordonnée aux enseignants et enseignantes. Il peut donc être difficile de dire non à ces derniers (et ce particulièrement lorsque les interactions s’inscrivent dans un contexte d’inégalité raciale ou de genre), contribuant aux pressions vécues par nos équipes. 

The pressure of doing quantitatively more to prove value is problematic not only to student learning by reinforcing demand for one-shots (either by librarians trying to meet a number, or by feeling required to say yes to faculty requests), but also to our own sustainability.” 

Quel intérêt pour les bibliothèques collégiales? 

Le portrait dressé par Nicole Pagowsky de l’atelier ponctuel et de ses problèmes correspond de très près au genre de formations communément données par les bibliothèques collégiales. Sa réflexion s’applique donc à nos institutions.  

Notons toutefois que l’article lui-même n’offre pas de solutions pratico-pratiques aux problèmes identifiés. Il s’agit en quelque sorte de la critique au centre de celui-ci: l’obligation d’être toujours dans le concret rend impossible la réflexion nécessaire pour créer un réel changement. 

Pour en savoir plus 

The Contested One-Shot: Deconstructing Power Structures to Imagine New Futures 

Rédaction par : Estelle Bourbeau